Conditions de travail
Les fonctionnaires pourraient être contraints de retourner au bureau à temps plein sans moyen fiable de s’y rendre
Traduction française de l’article original publié en anglais. Lire le texte anglais.
La crise du transport en commun à Ottawa n’est plus seulement un problème de transport. Elle est devenue une crise de la qualité de vie, une crise pour la main-d’œuvre et un frein discret, mais de plus en plus lourd, à l’économie de la ville.
Les résidents d’Ottawa perdent des heures de leur vie chaque semaine, alors que des trajets d’autobus sont annulés sans préavis et que les trains roulent au ralenti. Des parents n’arrivent pas à temps pour aller chercher leurs enfants à la garderie. Des travailleurs arrivent en retard ou épuisés. Des personnes âgées et des personnes en situation de handicap restent prises dans le froid. Ce n’est pas un simple désagrément. C’est la défaillance d’un service public essentiel.
La semaine dernière encore, OC Transpo a annoncé que la ligne est-ouest du train léger faisait face à un autre problème technique, qui limite la longueur des trains pendant les réparations.
OC Transpo reconnaît maintenant ouvertement son incapacité à assurer de façon fiable le service prévu à l’horaire. Les usagers le constatent tous les jours : des autobus qui n’arrivent jamais, des renseignements en temps réel auxquels on ne peut pas se fier et des trains dont la vitesse est délibérément réduite sur de longues sections de la ligne. Il ne s’agit ni de malchance ni de difficultés de rodage. Ottawa a construit un réseau ferroviaire présentant une incompatibilité fondamentale, sur le plan de l’ingénierie, entre la voie et les véhicules. Le réseau est donc si fragile qu’il faut en ralentir le fonctionnement simplement pour éviter qu’il tombe en panne.
La fragilité de notre réseau de transport en commun se heurte maintenant directement aux obligations de retour au bureau. La plupart des fonctionnaires fédéraux doivent déjà travailler au bureau au moins trois jours par semaine. Selon les informations rapportées, un document interne du Conseil du Trésor indique que le gouvernement fédéral envisage d’exiger une présence au bureau à temps plein dès le 1er janvier 2027.
Aucune exigence opérationnelle n’oblige des dizaines de milliers de fonctionnaires fédéraux à se trouver dans un immeuble de bureaux pour accomplir leurs tâches. Leur travail est numérique. Leurs équipes sont réparties sur plusieurs lieux. Ils ont fait leurs preuves en télétravail pendant plusieurs années.
Pourtant, on les force tout de même à retourner au bureau et à emprunter un réseau de transport en commun qui, de l’aveu même de la Ville, ne peut pas les y amener de façon fiable.
Lorsqu’une municipalité est incapable d’assurer le bon fonctionnement de son réseau de transport, exiger une présence physique devient non seulement inefficace, mais déraisonnable.
Chaque nouvelle vague de déplacements inutiles surcharge le transport en commun aux heures de pointe de personnes qui n’ont pas besoin de s’y trouver, au détriment de celles qui en ont besoin. De nombreux emplois, dans des secteurs aussi variés que la santé, la construction, l’éducation, le commerce de détail et la sécurité publique, exigent une présence physique. Les personnes qui les occupent paient maintenant le prix de politiques qui ajoutent une congestion évitable à un réseau déjà au bord de la rupture.
Beaucoup de personnes qui font la navette résument parfaitement la situation : ce n’est pas le fait d’être au bureau qui les dérange. C’est de s’y rendre qui pose problème. Un trajet de 15 kilomètres peut maintenant prendre 90 minutes ou plus en transport en commun, à supposer que les correspondances existent.
Se rendre d’Orléans à Gatineau avec une seule correspondance à Blair était autrefois un trajet fiable de 40 minutes, de porte à porte. Aujourd’hui, le même déplacement peut comporter plusieurs correspondances, de longues attentes, des départs annulés et des temps de trajet imprévisibles. La distance n’a pas changé. Le réseau, lui, a changé.
Pour les usagers des secteurs périphériques comme Barrhaven, l’iniquité est encore plus flagrante. Un trajet qui prenait autrefois 40 minutes peut maintenant durer plus d’une heure et demie. Les gens paient donc, en quelque sorte, deux fois : en argent et en temps. Beaucoup n’ont d’autre choix réel que d’acheter et d’entretenir une voiture qu’ils n’ont pas les moyens de se payer, simplement pour conserver leur emploi. Cela alourdit l’endettement des ménages, accroît la pression sur le stationnement et aggrave la congestion routière. Même les résidents qui ne prennent jamais l’autobus subissent maintenant les conséquences d’un réseau de transport en commun qui ne fonctionne plus.
Ce n’est pas seulement frustrant. Cela mine l’économie.
Des milliers de déplacements sont effectués en transport en commun à travers la ville chaque jour de semaine. Lorsque chaque trajet s’allonge ne serait-ce que de 15 à 30 minutes ou devient plus incertain, la perte cumulée de productivité, de temps en famille et de qualité de vie est énorme, et elle ne se récupère jamais.
Pendant ce temps, OC Transpo fait face à des pénuries persistantes de chauffeurs et de mécaniciens, aggravées par des contraintes liées à son parc de véhicules qui limitent encore davantage le service. Cela alimente un cercle vicieux où la fiabilité et l’achalandage diminuent, privant le réseau de revenus et de la confiance du public.
Rien de tout cela ne se règle en disant aux gens de simplement « mieux planifier » ou de « partir plus tôt ».
Les résidents méritent un plan de redressement clair, financé et assorti d’une obligation de rendre des comptes : davantage de chauffeurs et de mécaniciens, une infrastructure ferroviaire stabilisée et une norme de service qui veut vraiment dire quelque chose.
Ils méritent que la Ville, tout comme les gouvernements provincial et fédéral, leur parle franchement des liens entre les politiques de transport en commun et celles qui régissent le travail.
Si Ottawa entend exiger la présence physique des travailleurs, il doit leur fournir les infrastructures nécessaires. S’il en est incapable, le travail flexible et le télétravail ne sont pas un privilège; ils sont une soupape de sécurité qui empêche le réseau de s’effondrer davantage.
Un transport en commun fiable n’est pas un luxe. C’est l’épine dorsale d’une capitale du G7 qui fonctionne.
En ce moment, Ottawa force les gens à retourner dans des bureaux où il ne peut pas les amener de façon fiable. Ce n’est pas seulement de la mauvaise planification; c’est un échec de gouvernance.
Nous pouvons et devons faire mieux.
Publié dans Ottawa Citizen · 28 janvier 2026
Voir la publication originale en anglais (s’ouvre dans un nouvel onglet)